dimanche 1 septembre 2019

QUI ÊTES VOUS MR...?

Préambule
LE LANGAGE DES MAMANS
Cette vieille dame originaire de Lyon ramena de son merveilleux séjour en terre d’Irlande un beau tableau, signé Pierrot Leboeuf. Une vieille nature morte, dont elle fit cadeau à son fils. Ce dernier qui s’appelait lui-même Pierrot Leboeuf - il portait le même nom et prénom que le portraitiste - en resta tout ébahi. On y parlera d’un inoubliable cadeau surprise fait par la maman.
Raconté en 1975 par, Pierrot Leboeuf lui-même, le fils de cette vieille dame, ex cadre de haut-rang dans l’Etat-major de Berliet Algérie.

LES DOSSIERS DE L’HISTOIRE

LE POIDS DU NOM
Soucieux de préserver l’intégrité morale des gens afin qu’ils n’aient pas à subir le poids d’un nom trop lourd à porter. Conscient du préjudice psychologique que certaines révélations puissent entraîner …., les noms, lieux, dates, photos ou autres … ne peuvent être donnés, au risque qu’ils ne soient usurpés et exploités à des fins, autres que celles qui appartiennent à l’histoire.


Compte tenu du lien historique et inédit qui accompagne ce récit, les articles consacrés à cette rubrique et relatifs à la vie, au passé et au parcours de D…………., en Algérie ne seront pas publiés sur les pages de l’internet.

La France est occupée par les allemands. Le gouvernement de Vichy se rallie à l’Allemagne nazie. L’Amiral Darlan est seul maître en Afrique du Nord. Les pleins pouvoirs lui sont confiés. Disloquées, les troupes françaises d’Algérie ne répondent plus. Ils n’arrivent plus à s’y retrouver. Ils se recherchent dans la pénombre. D………….. est probablement celui qui saura consoler les uns et concilier les autres.

année 1928
LE TITANIC DE D……………………….
D………………. fut, disait-on, le premier citoyen français à acquérir une voiture de marque AMICARD dans ce petit bourg de ……………. . C’était vers l’année 1928. La nouvelle se répandit aussitôt à travers tout le village. Le crieur ou « berrah » pour les arabes venait d’en faire l’écho dans les coins les plus reculés de la mitidja. On venait la voir de partout. Elle valait, il est vrai, la peine de se déplacer. Elle faisait l’admiration de tous et même des plus nantis. On la regardait avec ferveur. On la scrutait avec un effroi quasi religieux. On la palpait avec d’infinies précautions. Les arabes et comme en de pareilles circonstances, se tenaient comme toujours à l’écart, les bras ballants et les yeux grands ouverts. D………………. est là, debout, en grand seigneur, les bras croisés à hauteur du torse, les mains sur les hanches ou les doigts posés sur le poignet de la voiture comme pour ouvrir la portière. D………………. n’en finit pas d’immortaliser ces moments intenses de bonheur. Il venait de créer, ce jour là, la légende vivace de l’homme venu d’une autre planète. On aurait aimé que le sténopé fut là pour couvrir cet évènement grandiose. Tout le monde est heureux. Le petit village de ………………… nageait dans la joie et l’orgueil. C’est La Belle Epoque dans le Tout-Paris mondain et en cette même année, Georges Duhamel évoquait avec une pointe  d’humour le mot Teuf-teuf avec « pas de bobo, jeunes gens » dans Chronique des Pasquier.
D…………………, Un nom bien orgueilleux pour un vieux village, naguère ……………………

Raconté par les ex valets de ferme de D……………….. à leurs enfants et leurs petits-enfants et rapporté par ces derniers.

…………………. Il y aura bientôt un siècle
a.      LE MYSTÈRE D…………………..
Le récit qui suit ne repose sur aucune référence bibliographique, il est le produit d’une longue et minutieuse recherche faite par le narrateur. Il est basé sur les dires et les témoignages de certaines grandes familles représentatives et crédibles dont les parents et/ou grands-parents ont servi comme valets de ferme, défricheurs, vendangeurs, moissonneurs, domestiques, surveillants de domaine ……………. sur les ex terres* de D………………. et même à l’intérieur de sa propriété de campagne.
Ce dossier sera mis longtemps en hibernation, soit près de douze ans, dans l’attente de voir réapparaître de nouveaux éléments pouvant concourir à la recherche de la vérité. Hélas ! les personnes ayant connu D……………. et travaillé chez lui ne sont plus de ce monde. Ces derniers, nous ont quittés vers le début des années soixante-dix. Par précaution et comme en de pareils cas, l’auteur qui préfère laisser le soin à ceux qui l’ont connu, se garde d’évoquer un quelconque jugement sur cet homme qui, semble t’il, aurait pour mission de prospecter les richesses du sous-sol algérien et qui, toujours à en croire ces mêmes affirmations, serait un agent français à la solde de la Wehrmacht. Un monsieur qui fut imprégné très tôt, me dit-on, des théories pangermanistes et qui emporté par l’ivresse éphémère des plaisirs mondains de son temps, renonça à cet idéal si cher qui a pour devise : Patrie, Liberté, Travail.

un mois de juin 2004
Informé deux semaines à l’avance de l’objet de ma visite, H……………….. m’invite à passer le voir le samedi prochain, un jour d’un mois de juin 2004. « Je vous attendrais comme convenu » me dit-il au téléphone. Ce jour là, H……………….. me reçoit dans son vaste domaine. Une riche plantation arboricole où se côtoient, à perte de vue, une grande variété d’arbres fruitiers (pommiers, poiriers, pêchers, pruniers, cerisiers, orangeraies …). Un véritable « jardin d’Eden ».

un mois de juin 2004

b.     LA LÉGENDE DE D…………………….
C’est dans la douce fraîcheur d’une belle matinée d’un mois de juin que je me suis aventuré sur les vertes terres des Ouled B……………….. Une terre docile, généreuse et pleine de vie qui respire toujours le tumultueux parfum d’antan. Aujourd’hui, je suis l’hôte à déjeuner de H………………. l’aîné de la famille et l’un des gros héritiers des Ouled B……………… . Une vieille lignée de notables musulmans qui traîne avec elle une longue et vieille histoire coloniale. Il fait beau, très beau, ce jour là. Nous voici, dans cette immense cour, attablés autour d’une tasse de café et de quelques verres de jus, à l’ombre d’une vieille bastide chargée, elle aussi, d’une riche et inépuisable mémoire. D’habitude, peu bavard et difficile à apprivoiser H………………. me parle d’abord et avec aisance de ce petit bourg de la mitidja. « Le bel Alger » se plaît-il à le nommer. Ensuite de B…………………(1) de D……………………. (2) et de K……………………..(3). Ces trois premiers pionniers à qui il a fallu plus de trente ans pour défricher cette terre inculte et la rendre fertile. Un vrai travail de titan, reconnaît-il. Ecoutons B…………………… égrener son vieux chapelet.



c.      MÉMOIRE DU TEMPS PASSÉ
Et si l’on parlait des ex terres de B………………(1) de D………………. (2) et de K………………..(3), lança-t’il d’emblée avant même d’engager la discussion. À ce propos, j’aimerais vous dire qu’on a reçu si je me souviens bien, vers l’année 64, la visite de l’un des fils de K………………….(3). Ce dernier se présenta devant nous, sur le chemin qui mène à nos terres, à bord d’une 203 de couleur noire, mise à sa disposition par les services du consulat de France. Il devait y avoir près de 75 ans, ce vieux monsieur. Mon père A………………….. qui était toujours en vie, en ce temps là, lui a servi de guide, ce jour. Sitôt à l’intérieur du domaine, il ne cessa d’y regarder à droite puis à gauche, de tourner par-ci par-là, comme s’il avait un compte à régler avec la nature. À le voir ainsi, on aurait dit qu’il palpait du regard le charme enivrant du paysage, la douceur de l’endroit et la beauté féerique du cadre champêtre. Il se rendit ensuite, toujours accompagné de mon père, vers notre maison de campagne, s’arrêta subitement cette fois, leva la main et direction de l’une des fenêtres, et s’écria fou de joie : « C’est ici, c’est ici, dans cette pièce que j’ai vu le jour ». L’émotion fut à son comble. Il avait les larmes aux yeux. Difficile à les retenir à cet âge là, et en ce moment même. Ils restèrent ensemble un long moment à se remémorer le passé, puis comme pour le consoler, mon père lui fit changer d’itinéraire. Il reconnut en cours de chemin un vieil enclos dépourvu de clôture, qu’il s’empressa de nous montrer du doigt. « C’est ici, que l’on y enfermait les chevaux de la ferme », disait-il. « Des pur-sang anglais », ajouta-t’il ………. Et, c’est finalement tout près du bûcher qu’il préfère s’attarder et évoquer avec mon père les rudes journées d’hiver où il prélevait, jeune enfant, les rondins de bois avec les gens de la ferme pour allumer le feu de la cheminée murale ………
Autant de vieux souvenirs qui devaient à mon avis lui rappeler beaucoup de choses, c’était la première fois de ma vie que je voyais un homme surexcité, nous confia notre père. C’était aussi un dernier adieu qu’il adressa à cette terre, qu’il avait connu très jeune. Certes, il nous a quittés le cœur gros mais rempli de joie.
Trois années plus tard, ce fut le tour de deux citoyens français de venir chez nous. C’était deux jeunes appelés qui eurent à effectuer leur service militaire vers les années 50 à ……………… et ravis de se retrouver une seconde fois en terre algérienne, après tant d’années d’absence. Le but de notre visite, précisèrent-ils à notre père est de sentir une nouvelle fois l’odeur de la terre, le parfum des pins et des eucalyptus, de revoir les chemins tortueux, les buissons embroussaillés, les ronces enchevêtrées … Une belle nature quelque peu sauvage mais fidèle qui ne nous a pas trahis durant notre service militaire auquelle nous devons encore une fois reconnaissance et pour longtemps. Un petit coin que nous ne sommes pas prêts d’oublier, avaient-ils ajoutés une dernière fois à notre père, avant leur départ ………… .

a.     À la recherche du temps perdu …


Tenez, suivez-moi, me dit-il, je vais vous montrer quelque chose de très important et il m’entraîna par le bras vers un vaste et immense hangar. Une fois à l’intérieur, il ajouta le doigt pointé au sol. C’est ici, que gisait parmi tant de précieux objets l’épave du petit avion de D……………… . Il ne restait hélas plus que le cockpit et quelques débris métalliques (tableau de bord, système d’aiguillage, de pilotage, des coussins …) que j’ai cédés, il y a plus de quinze ans à un ferrailleur. Il n’y a pas que ça, poursuit-il les yeux toujours fixés à terre comme à la recherche de quelque chose. Il y avait aussi une  cloche en bronze massif munie d’un brayer destiné à soutenir le battant, sur lequel fut gravée l’inscription 1872. On y voyait même apposée sur le tambour de cet instrument une estampille portant en gros caractères le nom du fabricant, suivi de quelques initiales. Elle devait peser pas moins de 80 kg et est même dotée d’un crucifix suspendu à une longue chaînette. Une vraie mastodonte, cette cloche comparée à celle d’aujourd’hui. D’ailleurs on n’en voit plus pareille de nos jours. Un bel objet d’art que j’ai fini par remettre il y a plus de quinze ans à quelqu’un de plus malin que moi. Elle aurait fait le charme du musée de la cloche, quelque part en Europe, me fit savoir un émigré de retour au pays. La pauvre, c’était elle qui soulageait les maraîchers de ce dur labeur et qui faisait aussi le bonheur de ces gens là, en les appelant à la pause de midi. De plus sot que moi, il n’en existe pas, croyez moi, s’écria-t-il, comme pour se confesser. Et ce n’est pas tout, ce n’est pas tout, il n’y a pas que ça, ne cessa t’il de rajouter, le regard toujours rivé à terre. C’est ici, en ce lieu même que furent parquées huit longues barques alignées les unes auprès des autres. Elles devaient mesurer près de 6m de longueur chacune et étaient destinées, semble t’il, à l’odyssée marine de cet homme … Pour une fois, H ……………….  se garda de prononcer le mot « céder » comme s’il venait de déplorer à l’instant même leur débarras. Ah ! ce D…………., on aurait dit qu’il voulait accaparer à lui seul, la terre, la mer, le ciel … Un vrai génie, ce monsieur, un vrai génie qui avait une grande longueur d’avance sur son temps, s’exclama-t’il de nouveau. Il s’arrêta quelques instants comme pour reprendre son souffle puis enchaîna une nouvelle fois. Vous voyez cette grande maison, me dit-il, en pointant le doigt vers une vieille et charmante bastide, pourvue d’une porche à l’entrée. Mon frère qui l’occupait et qui l’occupe toujours a voulu supprimer ou modifier une fenêtre pour en faire une porte-fenêtre. Devinez ce qu’il vit dissimulé sous la partie basse et à la droite de ce cadre en bois. Il y trouva un gros verre de cristal dont la forme rappelle celle d’une chope de bière et dont les contours cachaient au fond de celui-ci un papier froissé recouvert d’une légère couche de mortier.
-         Et qui y a-t-il écrit à l’intérieur de ce papier ? Vous savez que c’est important, très important, lui ai-je fait remarquer, aussitôt.
-         Peut-être que oui, peut-être que non, reprit-il sur un ton quasi perplexe. D’ailleurs, nous autres arabes, on y attache que peu d’importance aux écrits du roumi. De toute façon, le verre de cristal se trouve toujours entre les mains de mon frère …………….………. .
Cette fois, ma question parut l’indisposer. Je le sens mal à l’aise dans ses propos, comme s’il ne voulait ne pas y aller plus loin. J’ai dans l’idée qu’il ne m’a pas tout dit et qu’il cherche à s’apitoyer sur les vieilles coutumes rétrogrades de nos aïeux, dans le but de me cacher quelque chose d’important, longtemps oubliée. Etait-il en mauvais termes avec son frère, ou ne voulait-il pas parler de ce qui ne lui appartenait pas ? Je n’insistais pas. Et puis à quoi bon vouloir réclamer le verre de cristal, car privé d’oxygène durant plus d’un siècle et demi, il ne servira sans doute à rien. Je crois qu’il est préférable de passer à autre chose et pour mieux le ménager, je lui pose la question suivante :
-         Maintenant, parlez-moi de cette girouette, lui-ai-je aussitôt demandé.
-         Vous avez entendu parler, vous aussi, de cette girouette, me répondit-il, visiblement surpris par ma question. Ah ! cette girouette, on l’appelait le coq du village. Qu’elle était belle et hardie. Elle fut la première à poser le pied dans ce petit bourg de ……………. et bien avant la venue du premier défricheur. Elle était aussi vieille que la ville de …………… . Elle avait l’œil sur tout se qui bougeait ou se tramait, ici. On disait pour plaisanter qu’elle faisait la pluie et le beau temps. Elle était fière de son image de marque, les édredons solidement fixés sur un socle en métal et le buste majestueusement hissé sur un mât métallique. Selon les vieilles croyances populaires du roumi, elle incarnait tout comme le verre de cristal, la fécondité, la fertilité, l’abondance et la richesse de la terre et du sol. « Un signe de baraka », selon nous autres, arabes. Hélas ! elle a fini au grand désespoir des gens de la mitidja par perdre le cap cardinal et voguer « aux quatre vents* » vers d’autres cieux. Elle s’ennuyait. Elle est partie rejoindre les siens, sans doute. Sa disparition remonte à l’année 66. Elle a laissé choir cette vieille nichée de cigognes comme pour leur rendre la liberté, emportant avec elle tant de vieux souvenirs ensevelis. C’est toute la mémoire de la mitidja qui nous a quittés. C’est aussi une bonne partie de l’histoire de cette riche plaine qui est partie avec elle.
b.   Ou les derniers moments de vérité

Après plus de trois heures passées ensemble H…………… mit fin à notre entretien. Il m’informa le sourire aux lèvres que le couvert est prêt et m’invita à passer à table. Je restais encore quelques secondes sur place à me remémorer le passé, ému par tout ce qu’il venait de me dire. J’aurais aimé que notre conversation dura longtemps, qu’elle ne s’arrêta pas en si bon chemin. Enfin, plus de trois heures et demi passées en si bonne compagnie à la recherche de la vérité, d’une vérité qui tarde à venir.
À l’intérieur de cette grande salle qui respire encore le remugle des temps anciens, je l’invitais à mon tour, les deux coudes posés à table et les doigts joints comme pour mener un tour de prestidigitateur et sur un ton quasi solennel, à méditer cette lourde réflexion proverbiale*.
« Si les animaux se recherchent pour se blottir l’un contre l’autre et mourir d’une belle mort et si les cigognes quittent leurs nids pour disparaître à jamais ou se retrouver quelque part …..
c
’est qu’ils ont répondu présent à l’appel du son du cor de ces chérubins, qui ne résonnera plus ».
Ainsi s’achève l’histoire de la mitidja et de D……………. . Les deux ont quelque chose de commun. Une vieille et belle histoire qui n’est pas prête de s’arrêter, qui vous transporte loin et qui vous fait revivre le passé. Ravi tout de même d’avoir fait parler et fait reparler le mystère D…………….. Un mystère qui ne sera sans doute jamais élucidé.


d.     MÉMOIRE, QUAND TU NOUS TIENS !
………………….*, le plus jeune maraîcher en ce début d’année 40 traîne à 90 ans le poids d’une mémoire défaillante qui a du mal à cohabiter avec le peu de jours qui lui reste encore à vivre. Il racontait, il y a 30 ans, aux plus jeunes. « Le gérant est venu par une belle journée d’un après-midi nous apprendre la nouvelle. D………………….. est mort, D………………….. est mort. Rentrez chez-vous. Rentrez chez-vous, lança t’il. Aujourd’hui, est jour de repos ».



Terres : On parlera d’une surface de plus de 120 hectares qui s’étendaient des ex terres de D……………. jusqu’aux confins arrières du domaine de F…………… . À l’intérieur de cette grande étendue, une petite parcelle exotique où régnait jadis un monde animalier digne de la jungle de Java (bambous, palmiers, fougères, pintades, autruches, faisans, huppes, ainsi que diverses espèces d’oiseaux rares).

Girouette : Au moment de nous quitter H……………… m’informa que ni le socle ni l’effigie du coq de cette girouette n’ont été altérés par la corrosion, pourtant exposés depuis plus d’un siècle et demi aux intempéries. C’est dire que le métal de l’époque valait bien son « pesant d’or ».
Noëlle aux quatre vents : N’oublions pas le télé-film de la fin des années 60 qui a pour titre « Noëlle aux quatre vents ». Aux quatre vents, ce terme, si familier en son temps n’est plus usité de nos jours. Il s’emploie pour désigner quelqu’un de désorienté, qui « ne sait quel parti prendre, ni quelle conduite à adopter ». Allusion faite aux différents mouvements que fait la girouette lorsqu’elle est agitée par le vent.
Proverbiale : Cette citation appartient à André Demaison.
………………….: Ce vieux monsieur n’est plus de ce monde, il y a plus de 15 ans.
B……………..(1) : On ne connaît pas grand-chose sur cet homme, mais il est fort connu, dit-on.
D……………..(2) : C’est lui, qui nous intéresse et c’est toujours lui dont le nom revient à chaque fois dans ce récit. Il partageait, il y a très longtemps, une grande étendue de terre avec K……………… (3). Ce dernier n’ayant, croit-on savoir, aucun pouvoir légal aux yeux de la loi quant à l’exploitation de cette terre. Une terre qui sera reprise par celui-ci, juste après la mort de D…………….(2), soit quelques mois après la chute du régime nazi.


K……………..(3) : Il fut le dernier à exploiter cette terre et c’est le fils de ce dernier colon qui rendit visite aux Ouled B………………… en 1964. Ainsi, trois colons se sont succédés, l’un après l’autre, sur un intervalle de près d’un siècle et demi ….

mercredi 28 août 2019

LES VOIX DES BÉNI-OUI-OUI

LES VOIX DES BÉNI-OUI-OUI

Un douar dans le sud-est algérien vers les années 30 à 40
LE CRIEUR DU DOUAR
Il porte l’appellation de berrah* dans le langage arabe. Un effort qui nécessite une contraction exagérée des cordes vocales et qui réclame force et éclat de la voix. Plus la voix est lointaine, plus l’écho est retentissant et plus l’impact sur les populations avoisinantes est saisissant. Il dispose des mêmes attributs que le garde-champêtre* à qui il laissera place beaucoup plus tard. Cette mission fort répandue dans les douars*, au début du siècle passé, fut confiée à un larbin, dévoué à la cause coloniale et proche de la confrérie des
béni-oui-oui*. Son rôle est d’annoncer aux gens de la dechra, par émission de la voix ou par voie d’affiche, chaque évènement du jour, heureux ou malheureux, soit-il : affichage d’un arrêté préfectoral ou d’un avis municipal, visites d’officiels : préfet, sous-préfet, maire, inauguration d’un monument historique ou public, cérémonies militaires, nouvelles du front, kermesse, naissance, circoncision, mariage, décès …
Obséquieux à l’excès et poussé par l’envie folle d’y aller toujours au-devant du désir de ceux à qui il veut plaire, le berrah se voit confier une nouvelle tâche ingrate*, celle d’informer sidi le caïd sur tout se qui se passe à l’intérieur ou en dehors des dechras* ou des mechtas*.
Il lui appartient donc :
·        De porter à la connaissance de ce dernier tous faux renseignements émis par les gens du douar.
·        De signaler tous citoyens du goum* non-inscrits* sur le registre de l’Etat-civil et en âge d’effectuer le service national.
·        De dénoncer tous les éleveurs de bétail (bovins, ovins, chevalins, asiniens, ruminants …) ou oiseaux de basse-cour (coqs, faisans, dindons, perdrix, poules …) dont les têtes de volaille ne sont pas déclarées au fisc et imposer à leurs propriétaires une lourde taxe*.
·        De dénoncer toute personne étrangère au douar qu’elle soit de passage ou pour une nuitée et même ceux qui leur assurent le gîte, le couvert et la couverture*.
·        De signaler également toute personne ayant fait l’objet d’un avis de recherche pour les délits et crimes suivants : condamnation, vols, assassinats, désertion, insoumission aux obligations du service militaire.
·        De surveiller les activités de tous ceux qui affichent des idées subversives et ceux qui s’emploient à en diffuser le contenu à des fins de propagande dans le but est d’inciter les gens à la sédition.
Le berrah ira jusqu’à transgresser* les bornes qui lui sont assignées et s’engage même à y aller beaucoup plus loin. Il fournira à l’administration coloniale des renseignements qu’ils ne sont pas censés savoir sur chaque type de familles arabes.
-       Pratique sociale et habitude de vie de chacun des membres de la famille musulmane.
* Jolie fille en âge de se marier qui fera une bonne femme soumise du genre « Fat’ma couche-toi là ».
* Femme veuve ou divorcée habituées aux travaux ménagers qui passe pour être une excellente lavandière …
Empressé et comme toujours à l’idée de rendre service à ses maîtres, le berrah ne s’arrêtera pas là. Il va prêcher « la bonne parole », pendant plus d’un mois, auprès des gens du douar. Et, c’est en termes mielleux qu’il va haranguer la foule nombreuse à se présenter et toujours disposée à l’écouter.
« Braves citoyens de la tribu des ………….. sidi* le caïd et son excellence l’administrateur* donneront bientôt une grande fête en l’honneur des valeureux gens du douar. À cet effet, sidi le caïd et son excellence l’administrateur*, que Dieu les bénisse et leur donne longue vie, vous invitent à vous rendre à la zerda* qui aura lieu le ………………. sur la grande tahtaha* du village. Soyez nombreux à venir y assister afin de les honorer de votre présence ».

a.      LES VIEILLES MAGOUILLES DU SIÈCLE PASSÉ
A la demande de Jacques Bonhomme* et en échange de quelques oboles, le caïd va s’enquérir de l’état des terres arabes et de leurs propriétaires lourdement endettés. Un test de reconnaissance qui va permettre aux colons d’y aller loin, très loin et de fructifier ainsi leurs affaires. Il aura pour mission de savoir :
·        Qui en est le propriétaire et qui dirige ou assure l’exploitation ?
·        Travaille-t-il pour le compte d’une autre personne ou cultive-t-il lui-même la terre ?
·        Avec qui ce dernier partage-t-il le produit de sa récolte ?
·        Quelle est la nature du sol et de la terre ? et quelles en sont ses qualités productives ?
·        Quelles sont les qualités ou défauts qui font d’elle une terre propre ou impropre à l’agriculture ?
·        Est-ce une terre inculte et quels en sont les motifs de son inexploitation ?
·        S’agit-il d’une terre au rendement nul et à faible revenu ?
·        Est-ce une terre friche jamais cultivée ou restée longtemps sans culture ?
·        S’agit-il d’une terre labourée qui attend d’être ensemencée par faute de grains ou d’autres germes ?
·        Quelle est la qualité des semences utilisées ?
·        Quels en sont les moyens agricoles employés ?
·        Sont-ils rudimentaires ? (animal de trait, soc, charrue, herse, faux, fauchet, serfouette,) 
·        Viennent-ils à bout des travaux de la terre ?
·        La terre dispose-t-elle de produits de terroir bien particuliers ?
·        Quels en sont les moyens d’irrigation pratiqués ? Sont-ils archaïques, primitifs ?
·        Les moyens financiers pour l’achat de matériels et de semences leur font-ils défaut ?

b.     LA GRANDE VADROUILLE
Muni de ces riches données, le caïd va devoir rendre compte à ses maîtres qui lui demandent de passer à la seconde étape. C’est-à-dire y aller au-devant des choses. Il va devoir affronter cette fois la situation en face.
Le caïd va s’adresser alors aux propriétaires terriens arabes et leur parler de compensation financière et à la satisfaction générale, évoquer pour la première fois le mot « prêt bancaire ». De grandes opportunités vous seront offertes, leur dira-t-il. Pour cela, ils les invitent à se rendre au plus vite à « la chambre des agriculteurs » qui leur fournira tous les renseignements nécessaires. Aide et assistance vous seront données avec la baraka de Dieu, ajouta-t’il de nouveau.
Les censiers, informés par le caïd, sont déjà au rendez-vous, en quête d’un gros coup, couteaux aiguisés et dents lacérés. Les arabes, quant à eux, se bousculent dans l’attente d’obtenir quelque chose qui va les tirer d’embarras et leur redonner grand espoir. Une occasion à ne pas rater. Oui, mais à la chambre du commerce de l’agriculture et de l’industrie, on ne prête pas facilement. Bien des tracasseries vous attendent. La procédure est longue et les formalités sont coûteuses. Il faut d’abord montrer patte blanche c’est-à-dire être membre adhérent de cet organisme et :
-         Disposer d’une grande surface de terre.
-         Verser une cotisation mensuelle.
-         Justifier d’un bon niveau d’instruction.
-         Participer aux réunions périodiques.
-         Avoir le sens de la communication.
Enfin, on ne prête pas aux arabes, d’ailleurs « on ne prête qu’aux riches », comme le dit si bien l’adage. Autant de désagréments que l’arabe dont le niveau scolaire est bien bas ne comprend pas et ne sont pas en sa faveur. Ce dernier, tel un larron préfère prendre et s’en aller. Et c’est là que le métayer va faire son entrée. C’est aussi une belle opportunité pour le colon de « venir en aide » à l’arabe. Il va proposer à celui-ci ses bons offices et s’il le désire lui porter assistance par l’octroi d’un chèque notarié, et sans intérêt, consenti, bien entendu, pour une durée limitée*. Et c’est ici que se trouve tout l’enjeu.
L’arabe qui ne sait ni lire ni écrire et qui ne dispose d’aucune couverture juridique va tomber dans le piège. Il va bénéficier d’un prêt  « sans contrepartie » mais pour une durée limitée. Il va brader ses terres et les perdre à jamais. Tout comme ses compagnons de  corvée, il pense avoir fait une bonne affaire. Il ne sait pas ce qui l’attend. Lui qui aspire à des jours meilleurs croit que la vie vient de lui sourire. Hélas, elle est de courte durée.
Ce dernier, qui ne sait pas que le temps qui passe lui est défavorable, se verra frappé après deux années de dur labeur d’une peine de forclusion, sans qu’aucun préavis ou même un préfix ne lui soit donné à l’avance. Certains propriétaires arabes, plus hardis que d’autres, vont réussir à amasser leur argent avant les délais fixés et se présenter devant monsieur le notaire, avec comme cadeau de remerciement, un branchage de dattes dans les bras. À la grande surprise, le notaire va exiger la présence de l’autre partie, sans quoi … . Le colon, mis au parfum par le saute-ruisseau, ira se mettre au vert. Il devint introuvable. Il préfère y aller se reposer en famille, à la campagne, le temps qu’il faut, juste le temps de laisser passer le délai précité. Il réapparaîtra ensuite sautillant allègrement sur ses deux jambes d’un endroit à un autre. Une meilleure façon de faire fi du délai prévu et de prendre ainsi possession des terres de l’arabe à bas prix et selon les formes légales établies devant monsieur le notaire. Voici comment et de quel manière la plupart des propriétaires arabes furent spoliés de leurs biens et leurs terres confisquées par certains colons véreux, avec la sainte bénédiction du notaire et des gens du burnous (bachaghas, caïds, berrahs).

c.      LES CONTRATS DE L’ÉPOQUE
-         Le contrat antichrèse, pourtant au fait de son firmament, n’évoque en aucun cas le dessaisissement du débiteur. Il permet néanmoins au créancier d’entrer en possession d’un immeuble* du débiteur et d’en percevoir ses fruits jusqu’à extinction de la dette.
-         Le contrat de nantissement, quelque peu identique au premier, n’implique par non plus, ou du moins, et dans certains cas, la dépossession du débiteur.
-         C’est aussi le cas de Warrant, un titre à ordre, en usage en ce temps là, et courant de nos jours, qui n’évoque pas non plus l’idée de déposséder ou de spolier, pour mieux dire, le débiteur.
-         En matière de droit juridique, et dans ce cas précis, rien n’oblige le débiteur, ici, il s’agit de l’arabe, à se faire accompagner du créancier, pour lui remettre son argent, devant le notaire, avant les délais fixés.
Il est clair que le débiteur ou l’arabe, devra en informer à l’avance le législateur ou le notaire, le jour de son arrivée, lequel en avisera à son tour le créancier, par acte notifié (le timbre* de la poste fait foi, en ce temps là).
Dans cet autre cas, un P.V lui sera dressé pour défaut de présence. Dés lors, le créancier se voit contraint d’interrompre et au plus vite son séjour à la campagne pour y prendre son argent.
Sait-on également que le fait de se présenter, seul ou non accompagné de l’autre partie, devant le législateur, porteur de son argent, selon les délais prescrits dans le contrat, atteste de la bonne foi du débiteur et de son intention de vouloir s’acquitter au plus vite de ses dettes ? Un geste honorable, aux yeux de la loi, qui lui permet de recouvrer de plein droit l’ensemble de ses biens hypothéqués, sans qu’il y ait matière à contestation.


d.     LA DANSE DES OULED ……………

C’est au rythme d’une danse* effrénée et au son de la cornemuse, de la ghaïta*, du tambour* et des feux de baroud d’honneur que la fête va débuter. Elle durera plusieurs jours, les gens vont affluer de partout. Le couscous accommodé de gros morceaux de viande et assaisonné de légumes toutes fraîches et inondé de sauce brûlante est servi à la satisfaction de tous et à satiété dans de larges guessaâs*. Le lait caillé et le petit-lait, transportés dans des outres de chevreau, seront transvasés dans des cruches ou pot de terre. Ils iront imprégner de leur jus les djefnas richement chargées de couscous et badigeonner de leur blancheur les lèvres des convives lourdement affamés. On mange, on boit, on danse. Tout le monde est heureux, pour l’instant. Et c’est là que le berrah, aidé de complicités va entrer en jeu. Il va racoler tous les citoyens présents ou de passage, mariés ou pas, en âge ou non d’effectuer le service militaire. On tend la main aux plus jeunes et on les invite à entrer dans la danse. On se fait tirer par le bras puis par les doigts tout comme dans une danse polonaise.
On tape du pied à terre et on joue des jambes. On balance les épaules, on agite les bras et on roule les hanches. On redresse la poitrine et on hoche la tête de chaque côté des invités comme pour saluer le public. Aucune partie du corps n’est ménagée. Il est mis à nu. Belle opportunité pour les plus jeunes d’exhiber enfin leur virilité, longtemps frustrée. Charmante démonstration pour nos chasseurs qui en auront plein les yeux. Surexcité mais épanoui, le danseur se laisse entraîner comme par enchantement aux abords du marchepied du camion militaire puis hissé à l’intérieur de celui-ci. L’équipe du caïd est déjà en place. Elle lui prête aide et assistance dans l’immédiat. On lui tape dans le dos et on l’invite à s’asseoir sur le banc et se mettre à l’aise.
Ce n’est qu’une fois, arrivé au camp militaire et après avoir signé les feuilles d’engagement et retrouvé tous ses esprits que le danseur réalise ce qui lui est arrivé.

e.     LA TRISTE FIN DU BERRAH

Qualifié par les gens du douar de félon au service des caïds et des bachaghas, accusé par d’autres d’être à l’origine de tous les maux qui ont endeuillé les familles, proscrit par la djemaâ en raison du nombre important de leurs fils incorporés dans les rangs de l’armée coloniale et envoyés au front nazi pour ne plus y revenir, le berrah fut frappé de bannissement par le cheïkh de la djemaâ qui jettera sur lui l’anathème.
Cette fois, le berrah est menacé de mort. Il sera lâché par l’administration coloniale, auquelle il n’aura plus rien à offrir et qui ne veut plus de lui. Sentant venir son heure, le berrah quittera le douar pour s’établir en France ou quelque part et ne plus réapparaître. Par crainte de représailles, ses enfants et petits-enfants rallieront les forces coloniales et deviendront des supplétifs de l’armée française (harkis, goumiers, spahis, zouaves, méharistes …). Ainsi, finira le triste parcours du berrah, l’homme par qui tous les malheurs sont arrivés aux douars.



BERRAH : Ou le crieur. C’est le type même de personnage que l’on voit dans l’émission télévisée « La place du village » de Jean-Louis Deparis.
GARDE-CHAMPÊTRE P……………. Le garde-forestier nous mène en moto Puch au son de la trompette et du ra du tambour à travers les vieilles dédales de R……………… et de A…  T…  pour nous annoncer quelquefois la bonne nouvelle. P……………… mourut dans un état proche de la paranoïa. Il s’agit, selon certains, d’une débilité mentale avancée née des suites des évènements sanglants qui ont ébranlé l’Algérie vers la fin des années 50 et mis fin à sa fonction de garde-forestier, un emploi qu’il appréciait par-dessus tout. On parlera de troubles de la raison qui l’accompagneront, jusqu’à la fin de ses jours, en 1961, au cimetière de R……………….. où il repose au milieu des siens. « Je vous ai compris » lancé par De Gaulle,  aura affecté les esprits les plus récalcitrants.
DOUAR : Le vocabulaire arabe ne tari pas de qualificatifs pour désigner ces petits villages enclavés et disséminés sur une grande étendue de terre. C’est aussi le nom donné jadis à un ensemble de tentes ou kheïmas faites de morceaux de toile ou d’étoffe servant d’abris pour une population nomade en perpétuel déplacement.
BÉNI-OUI-OUI : Des valets d’une communauté bédouine qui aspire par amour à « être à la botte » et « sous la botte » du colonialisme. Leur dévouement pour la France est tel qu’ils n’ont pas tardé à s’engager dans le corps des harkis.
INGRATE : Le berrah devra informer le caïd, seul habilité à rendre compte à l’administration coloniale.
DECHRAS : Il désigne un ensemble de maisons construites en « toubs » terre ou argile, imbibées d’eaux, dépourvues de toutes commodités et éloignées parfois du chef-lieu de commune.
MECHTAS : Ensemble de maisons rurales faites de branchages d’arbres ou de roseaux, éloignées les unes des autres et peuplées par une frange de paysans sans ressources.
GOUM : Il comporte le même sens que « tribu » et désigne un assemblage de tentes ou de taudis en argile implantés ou bâtis sur une large plaine. C’est de là qu’est tiré le mot « goumier » qui emporte la même signification que « harki ». Le ralliement massif des hommes du goum aux côtés de l’administration coloniale leur a fait attribuer l’appellation tristement célèbre de « goumier ».
NON-INSCRIT : La non-déclaration d’un nouveau-né et son non-inscription sur le registre de l’Etat-civil est une pratique fort courante chez les arabes, en ce début de XXe siècle. Elle permet à ceux qui ne sont pas portés sur le registre de l’Etat-civil communal d’échapper au coup de filet des gendarmes et d’éviter ainsi qu’ils ne soient enrôlés de force dans les rangs de l’armée coloniale et envoyés sur le front nazi. Une cause qui ne les concerne pas, disaient-ils.
TAXE : La peine peut-être levée ou réduite, d’abord, en fonction du degré de la gravité de l’infraction commise, ensuite de l’élan réciproque auquel le propriétaire veut bien s’adonner. Un compromis peut-être trouvé si le « défaillant » consent à remettre au berrah quelques têtes de volaille en échange de son silence. « C’est au nom de la loi », dira t’il avant de prendre congé de ses hôtes. Un petit cadeau qui ira égayer sa petite collection de cheptel ou agrémenter sa petite réserve naturelle. Cette fois le berrah fermera les yeux et pour un bon bout de temps.
COUVERTURE : Un terme fréquemment utilisé par les gens du douar pour désigner toute la bonté du cœur. C’est toute la chaleur du cœur qu’ils vont trouver devant eux et qui ira leur servir de gîte et de couvert et les protéger pour ainsi dire du froid et de la peur.
TRANSGRESSER : Un véritable bourreau de travail. Outre sa fonction de garde-champêtre, le berrah cumulera également celle de larbin sans jamais rechigner ni même être payé en conséquence.
SIDI : Titre de dignité attribué à une personne sainte ou vénérée (marabout, taleb, guérisseur, cheïkh de la djemaâ). Il signifie « maître » dans le langage scolaire et emporte la même nuance que moulay lorsqu’il s’applique à un souverain chérifien. Il va au-delà des règles de la bienséance et emporte le plus souvent une idée péjorative. Notons que « sidi » qui se prend en mauvaise part n’est guère usité de nos jours.  A ne pas confondre avec « saïdi » qui veut dire monsieur.
ADMINISTRATEUR : Il sera écorché de son sens à la suite d’une mauvaise prononciation de la langue de Rabelais par le berrah et perd ainsi sa véritable signification. « Administrateur » est frappé ainsi de plein fouet dans la terminaison « eur », un suffixe qui définit sa fonction d’agent public. Il fera plusieurs tours, et à tort, avant de prendre une autre tournure et devenir administrator*. Le suffixe « eur » sera débarrassé de ses deux voyelles le « e » et le « u » et s’enrichit de la voyelle « o » qui ne lui donne aucune signification particulière. Il ira rejoindre le camp des vendangeurs muni cette fois de l’expression « cherche ou bas » au lieu et place de « cherche en bas ».
ZERDA : Un terme qui désigne une grande fête donnée sur une place publique et marquée par diverses réjouissances (sacrifices, offrandes, chants, danses, jeux …). Il fait aussi penser à un endroit malsain où règne le désordre, la ripaille, la débauche.  Il emporte la même signification que « ouaâda » ou fête de charité auquelle les gens se joignent sans y être conviés, dans la plupart des cas.
TAHTAHA : Un mot d’origine arabe qui désigne une grande étendue de terre nue qui ne produit rien et ne donne rien et est laissée généralement à l’abandon. Il s’emploie abusivement pour désigner une place publique, lieu de réjouissances ou un endroit habituel où a lieu une fête foraine. Il se dit également en arabe « h’cida », une terre plate ou se tient habituellement une course de chevaux ou fantasia. Il renchérit sur le mot « ouatya » qui désigne lui aussi une grande étendue de terre éloignée ou isolée par endroit et quelquefois remplie d’eau.
JACQUES BONHOMME : Vieille appellation que l’on employait jadis pour désigner les riches fermiers d’autrefois.
DURÉE LIMITÉE : Le colon sait que l’arabe n’arrivera jamais à rembourser sa dette ou son prêt selon les délais impartis. La première année, consiste à lui jeter l’appât. La seconde année, c’est lui donner cette fois l’impression d’avoir été oublié.
Immeuble : Bien qui ne peut être déplacé (immeuble par nature) ou que la loi considère comme tel (immeuble par destination).
Timbre : De nos jours, ce dernier est remplacé par un accusé de réception.
Tambour : Il s’agit d’une grosse caisse accompagnée de mailloches.
DANSE : « C’est au pied du mur que l’on reconnaît le vrai maçon », disait le dicton. C’est par le langage de la danse, de la ghaïta et aux sons d’un tambourin à sonnailles que l’on fait parler et vibrer le corps. Et c’est là, que l’on retrouve les aptitudes d’un bon combattant.
GHAÏTA : Désigne un instrument de musique, en forme de trompette, formé d’un embout dans lequel on souffle l’air et d’un tube creux percé de trous, destiné à émettre les sons. « Ghaïta » s’applique également aux suites des sons, formant un air, qui s’échappent du tube de cet instrument à vent, qui charment l’oreille, qui font vibrer le corps, et qui vous entraînent à la danse. On dit qu’il y a « ghaïta » dans le village voisin, pour indiquer qu’il y a fête dans les environs. Son utilisation fréquente dans les fêtes lui donne la triste réputation d’instrument à vulgarité. À ne pas confondre avec la « zorna » ou la chorale de Boualem Titiche qui se joue avec une « ghaïta » et un tambour et qui est interprété uniquement dans les fêtes religieuses et familiales. D’origine typiquement algéroise, la « zorna » fait plutôt penser à l’air qui se dégage de cet instrument.
GUESSA : Ou « djefna », il désigne un large récipient en bois ou en terrine dans lequel on pétrit la pâte et où l’on sert habituellement le couscous.